La Campagne Liberté d'Informer accueille depuis le 3 février 2006, soit bien avant avant le déclenchement de l'affaire "Clearstream 2" qui agite la France, lapétition de soutien pour l'écrivain Denis Robert.
Voici pourquoi :
Denis Robert, 48 ans, est écrivain.
Il a été journaliste à Libération pendant douze ans. Il est l'auteur de deux essais sur Clearstream ("Révélation$" et "La boîte noire" aux éditions Les Arènes), ainsi que de deux documentaires réalisés avec Pascal Lorent diffusés sur CANAL+. Ses accusations sur l'opacité de Clearstream lui ont valu de nombreuses poursuites.
Fin janvier 2006, Denis Robert a à nouveau été inculpé par la justice luxembourgeoise pour injure, calomnie et diffamation. Cette "inculpation de trop" est la raison de cette pétition de soutien.
Dans l'actuelle nouvelle affaire Clearstream, Denis Robert est bien celui qui a remis le listing Clearstream à Imad Lahoud qui se présentait à lui comme un broker. Denis Robert a accepté parce qu'il lui avait proposé de l'aider à avancer dans son enquête. Il a compris plus tard qu'Imad Lahoud travaillait pour la DGSE sur la dissimulation de transactions liées au terrorisme. Dans le listing remis à Imad Lahoud, Denis Robert affirme que ne figurait aucun nom d'hommes politiques ou d'industriels ou de vedettes du showbiz.
Le 12 décembre 2006 Denis Robert a été mis en examen pour "recel de vol et d'abus de confiance" par les juges chargés du dossier "Clearstream 2". Denis Robert qui a été entendu pendant près de dix heures, a été placé sous contrôle judiciaire avec l'interdiction de voir les trois autres personnes déjà poursuivies dans ce dossier : Jean-Louis Gergorin, Imad Lahoud et Florian Bourges.
Denis Robert affirme qu'il considère cette décision comme étant "un contre-feu allumé par le pouvoir politique". Il ajoute : "Cette demande de mise en examen apparaît comme un contre-feu allumé par le parquet et donc par le pouvoir politique". Le journaliste explique que c'est "ce recel de vol de secrets de comptes bancaires" dont on l'accuse aujourd'hui qui a permis de démasquer la "manipulation du corbeau" (présumé être Jean-Louis Gergorin).
Lien vers la réaction de Denis Robert sur son blog
Réaction de Reporters Sans Frontières "Nous sommes inquiets de constater que ce chef d'inculpation, rarement utilisé, peut l'être à l'encontre d'un journaliste (...) L'essentiel est que le but poursuivi par le journaliste d'investigation était légitime (…) Si les professionnels de la presse doivent être poursuivis chaque fois qu'ils sont amenés à entrer en possession ou à prendre connaissance de documents qui n'étaient pas destinés à être rendus publics, c'est tout le travail du journalisme d'investigation qui pourrait être compromis."
Pour signer directement la pétition en ligne cliquez ici
Texte de la pétition de soutien lancée en février 2006 :
Nous citoyens européens soutenons Denis Robert et condamnons l’acharnement des autorités judicaires luxembourgeoises à son encontre. La liberté de penser et d’écrire est une valeur européenne fondamentale qui prime sur les intérêts bancaires du Grand-Duché.
Signature de la pétition uniquement en ligne
N'hésitez pas à passer un moment sur ce site et à signer également la pétition pour la Campagne Liberté d'Informer cliquez ici
Il s’est passé le 27 janvier 2006 un événement important rapporté ici ou là par une brève d’agence : l’inculpation de Denis Robert par la justice luxembourgeoise pour injure, calomnie et diffamation.
Pour comprendre l’enjeu de cet acte, il faut faire un peu d’histoire.
En 1996, Denis Robert, ancien journaliste à Libération, réunit sept grands magistrats anti-corruption pour lancer l’Appel de Genève en faveur d’un espace judicaire européen. Dans la foulée, de nombreux témoins de la criminalité en col blanc entrent en contact avec le journaliste. L’un d’eux, Ernest Backes, est un ancien dirigeant de la chambre de compensation Clearstream, un des points névralgiques des échanges financiers mondiaux. Ernest Backes a été l’un des architectes de ce système informatique tentaculaire. Viré, humilié, il a décidé de livrer ses secrets.
Pendant deux ans, au prix d’incessants allers et retours au Luxembourg, Denis Robert mène l’enquête. On lui donne des rendez-vous secrets ; les bouches s’ouvrent. Un ancien responsable informatique de la firme, Régis Hempel, explique qu’une partie de ses activités auraient consisté à effacer les traces de transactions sensibles. Denis Robert frappe à la porte des banquiers, posant des questions naïves et d’autres un peu moins. Trois mois avant la publication de son livre, il envoie une série de lettres recommandées de plusieurs pages, demandant des explications à la direction de Clearstream et aux banques mises en cause. Très peu lui répondent.
En février 2001, Denis Robert sort son livre, Révélation$ (Les Arènes) et diffuse son film Les dissimulateurs dans le cadre de 90 MINUTES, l’émission d’enquête de CANAL+.
C’est la tempête. Les journalistes financiers sont incrédules ou hostiles, les autres hésitent car Clearstream menace de procès en cascade. A contre-courant, la mission parlementaire Peillon/Montebourg se saisit de l’affaire et convoque les témoins.
De peur que l’affaire se propage à l’étranger, une information judicaire est ouverte en catastrophe au Luxembourg. Toute la direction de la firme est mise à pied et Clearstream est racheté par un groupe allemand. Un mois plus tard, le procureur du Luxembourg claironne que tout est réglé et qu’il n’y a rien à chercher.
De cette tragi-comédie, Denis Robert tire un second récit, plus personnel, La boîte noire (Les Arènes). Et un second film, toujours diffusé par CANAL+, L’affaire Clearstream.
Fin du premier acte et début du marathon judiciaire. Les plaintes pleuvent en France, en Belgique, en Suisse, et même au Canada. Déposées par Clearstream mais aussi par la banque russe Menatep et la Banque Générale du Luxembourg. L’auteur reçoit les huissiers à la file. L’éditeur fait ses comptes : les demandes de dommages et intérêts dépassent son chiffre d’affaires annuel. Le service juridique de CANAL+ se lance dans de coûteux procès. Parfois David gagne contre Goliath.
Au fil des mois, les relaxes se succèdent en première instance et en appel. Cinq ans plus tard, il ne reste plus deux procédures pendantes, toutes les deux en appel : l’une après un jugement favorable à Clearstream (un euro symbolique), l’autre défavorable à la firme (relaxe de Denis Robert). L’affaire semble close, malgré une troublante excroissance, durant l’été 2004, lorsqu’un corbeau affole les milieux de la défense et de la politique avec des listings truqués de Clearstream où apparaissent des élus et des responsables industriels et médiatique.
L’histoire de Denis Robert devient effrayante lorsque, cinq ans après la parution de Révélation$, le journaliste est subitement convoqué par la Justice luxembourgeoise pour être inculpé pour des faits (en l’occurrence des accusations contre la Banque Générale du Luxembourg) pour lesquels il a déjà été poursuivi en France et pour lesquels il a gagné ses procès en première instance et en appel. Ces procédures n’ayant pas eu l’effet escompté, les juges du Grand-Duché ont accepté de se prêter à une manÅ“uvre peu honorable.
Denis Robert risque une peine de prison, agrémentée de frais d’avocat et une amende aux proportions luxembourgeoises. Par une ironie du destin c’est justement l’espace judicaire européen qu’il a contribué à établir avec l’Appel de Genève qui permet aujourd’hui à la justice luxembourgeoise d’essayer d’écraser un auteur ayant publié un livre en France.
Dans cette affaire, le Luxembourg - dont le ministre de la Justice est aussi… ministre du Trésor et du Budget - vient de commettre le pas de trop, en affichant sa partialité. Les citoyens européens peuvent soutenir Denis Robert en signant une pétition sur le site Liberté d’Informer.
Pétition qui sera adressée à la Justice de ce pays qui fait tant pour dégoûter les démocrates de croire en l’Europe. En transformant l’affaire Robert en affaire Frieden (le fameux ministre luxembourgeois de la Justice, du Trésor et du Budget), chaque signature sera un acte civique qui protège la liberté de la presse en Europe.
En poursuivant Denis Robert les autorités luxembourgeoises ne veulent pas seulement protéger Clearstream qui affiche une santé insolente. Ils cherchent à intimider tous ceux qui, à l’avenir, voudront savoir comment fonctionne le système financier et la toile d’araignée des paradis fiscaux. En cela, le Luxembourg a vraiment prononcé l’inculpation de trop.
Laurent Beccaria, directeur des Arènes Franck Eskenazi, directeur de The Factory Paul Moreira, directeur du magazine 90 MINUTES sur CANAL+ ______________________________________________________________
Premiers signataires : Laurent Beccaria (éditeur) Franck Eskenazi (producteur) Paul Moreira (journaliste) Arnaud Montebourg (député) Eric Halphen (magistrat en disponibilité) Vincent Peillon (député européen) Olivier Besancenot (porte parole de la LCR) Jean de Maillard (magistrat) Guy Bedos (comédien) Bruno Gaccio (auteur) Pierre Jolivet (réalisateur, acteur, scénariste) Juliette Binoche (comédienne) Bertrand Tavernier (cinéaste) Benoît Delépine (auteur) Jacques Gaillot (Evèque de Partenia) Pascal Lorent (réalisateur) Gilles Cayatte (réalisateur) Luc Hermann (journaliste) Suzan George (Ecrivain, Vice Présidente d'ATTAC) Aïda Chouk (Présidente du syndicat de la magistrature) Côme Jacqmin (Secrétaire général du syndicat de la magistrature) Eric Alt (Vice-président du syndicat de la magistrature) Délou Bouvier (Vice-présidente du syndicat de la magistrature) Arnaud Viviant (journaliste, écrivain) Michel Field (journaliste) William Reymond (auteur journaliste) Marcel Gay (journaliste) Olivier Toscer (journaliste) Sébastien Vibert (journaliste) Alexandre Charlot (scénariste) Laurent Léger (journaliste) Francis Kuntz dit Kafka(auteur) Michel Embareck (écrivain) Lefred Thouron (dessinateur) Isabelle Solal (Editeur) Marc Amblard (maître de conférences en finance) Gilles Bastin (maître de Conférences en Sociologie) Cyril Da (journaliste) Jean Luc Porraz (comédien) Pascale Mazel (avocat) Martin Page (écrivain) Francis Mizio (écrivain) Frédéric Loore (journaliste Belgique) Florent Massot (éditeur) Thomas Ragon (éditeur) Lewis Trondheim (dessinateur scénariste) Thomas Clement (dessinateur) Bernard Bouzon (ATTAC) Joann Sfar (auteur, éditeur)...
Retrouvez tous les signataires par ordre alphabétique ici ______________________________________________________________
DANS LA PRESSE
Robert le fou Extrait de l’article de Bernard Langlois – POLITIS, jeudi 2 mars 2006
Denis Robert est fou. Cet ancien journaliste de Libération s’est lancé, voici quelques années, dans une aventure à hauts risques. En enquêtant sur une grande banque luxembourgeoise, Clearsteam, spécialisée dans les activités de compensation interbancaires (virements informatiques de comptes à comptes), il a mis la main sur ses comptes cachés, ses écritures effacées, les preuves de son activité de blanchiment d’argent sale.
Il a tout raconté dans un essai, Révélation$ (2), qu’on vous a chaudement recommandé en son temps, mais que la « grande presse » a soigneusement étouffé. Ou jugé irrecevable, exagéré, non fiable. Épaulé par un éditeur courageux, Laurent Beccaria (qui est aussi l’éditeur de Verschave, ce n’est pas sans rapport), Robert s’est battu comme un diable, a multiplié les débats dans les cercles militants, appuyé son livre par un film (diffusé sur Canal +, coup de chapeau au passage à l’ami Moreira...), puis un autre livre, la Boîte noire (3), qui prolonge et éclaire le premier. Non sans résultats : une enquête parlementaire (Montebourg et Peillon) a largement confirmé ses dires, le patron de Clearsteam a giclé. Puis, plus rien. La vie continue, et les pratiques occultes. Et Robert fait face, avec son éditeur, à des emmerdements judiciaires à répétition (4). Il gagne, du reste, ses procès : mais l’adversaire a les moyens et ne le laisse pas en paix. Bataille épuisante, coûteuse, admirable. Cette fois, après ceux de la banque-lessiveuse (toujours pendants en appel), c’est aux assauts de l’État luxembourgeois qu’il se trouve confronté. Mouillé jusqu’à l’os, le Grand Duché (dont le ministre de la Justice est aussi celui du Trésor et du Budget !) assigne le journaliste-écrivain. Denis Robert a besoin qu’on l’aide à tenir, il le mérite amplement. Une pétition est en cours pour exiger qu’on lui lâche la grappe (5). Signez-la, faites-la signer (et demandez-vous au passage pourquoi tous ces farouches défenseurs de la liberté d’expression, si actifs ces temps-ci quand il s’agit de Mahomet, tardent à monter au créneau dans un combat qui concerne bien davantage notre société, nos valeurs, notre démocratie...).
Et surtout, achetez la Domination du monde, lisez-le, faites-le lire autour de vous. Rejoignez le fan club de Robert le fou !
(1) La Domination du monde, Denis Robert, Julliard, 346 p., 20 euros. (2) Révélation$, Denis Robert et Ernest Backes, LesArênes, 2001. (3) Même éditeur. Paru en 2002. Robert y révèle notamment l’existence de liens entre Clearsteam et l’Église de Scientologie... Voir le site (4) Denis Robert : « Entre les appels, les pourvois, ma récente inculpation, une soixantaine de procédures sont, en ce moment, diligentées contre moi. Seul leur nombre est inquiétant et le fait que, dès que je gagne, une procédure nouvelle surgit. C’est du harcèlement. » (5) Signer ici
Extrait de l’article de Bernard Langlois Copyright POLITIS, jeudi 2 mars 2006 Intégralité de l’article
L’ex PDG de Clearstream blanchi par la justice luxembourgeoise
Article de Véronique Poujol Copyright Letzenburger Land Hebdomadaire Luxembourgeois - 17 février 2006
La page est tournée dans l'affaire Lussi, l'ex-PDG de Clearstream, qui devrait bientôt bénéficier d'un non-lieu dans l'enquête pour abus de biens sociaux. Le dernier volet de l'enquête vient à son tour de butter contre la prescription et contre une certaine démotivation des magistrats. André Lussi devrait échapper à un procès en correctionnelle
FIASCO JUDICIAIRE, enquête qui n'a pas osé aller jusqu'au bout ? Que ce soit l'un et l'autre, l'un ou l'autre, l'une des affaires financières les plus retentissantes jamais ouvertes par la justice luxembourgeoise ressemble à une symphonie inachevée jouée par des instrumentistes tiraillés à hue et à dia.
André Lussi, le très controversé ancien patron de Clearstream, va sortir blanchi de l'enquête pour abus de biens sociaux (ABS) ouverte contre lui en mai 2001 dans le sillage d'une enquête plus vaste encore impliquant les plus hauts dirigeants de la firme de livraison-compensation notamment pour des faits de blanchiment, de faux et d'usage de faux et d'escroquerie fiscale.
Six personnes en tout qui avaient bénéficié fin 2004 d'un non-lieu après une longue enquête initiée après la sortie du livre Révélation$ qui fit l'effet d'un tremblement de terre sur la place financière. L'enquête avait bien révélé des infractions (escroquerie fiscale, faux bilans ... ), mais le temps avait fait son oeuvre. Les faits, indiquait à l'époque un communiqué de presse du Parquet, étaient « donnés mais prescrits ». Constat que firent ensemble le parquet et le cabinet d'instruction. L'affaire « Clearstream » fut donc enterrée en petite pompe.
Restait un dernier volet, celui de l'ABS, qui vient à son tour de buter contre la prescription. Mais aussi contre une certaine démotivation des magistrats qui n'ont peut-être pas été jusqu'au bout de l'enquête. Faute de moyens, de courage, d'indépendance et de détermination ?
L'histoire le dira peut être un jour, lorsque les documents de procédure et notamment les ordonnances de renvoi des deux affaires, Clearstream et Lussi, tomberont dans le domaine public.
André Lussi, PDG de Clearstream limogé en décembre 2001 après avoir négocié de confortables indemnités de départ, est au cour de cette enquête pour abus de biens sociaux ouverte le 11 mai 2001. L'épouse du dirigeant fut également inculpée dans cette affaire. Le non-lieu, requis récemment par le Parquet de Luxembourg, doit encore être validé par la Chambre du conseil du tribunal d'arrondissement. Ce serait une question de pure forme. « Mon client tient à ce non-lieu » explique André Lutgen, l'avocat d'André Lussi. « Pour moi, signale-t-il encore, il est clair que le non-lieu s'imposait. Il n'y a jamais eu de doute à ce sujet. » La belle assurance du défenseur d'André Lussi, après près de cinq ans d'enquête et de tracas judiciaires pour ce patron tombé de très haut, qui mena une pendant plus d'une décennie son entreprise à la baguette comme un autocrate, n'effacera pas pour autant les ombres qui pèsent sur lui.
Car, comme dans le premier volet de l'enquête pour blanchiment, faux et usage de faux, faux bilan, escroquerie fiscale (Land du 3 décembre 2004) à l'encontre de six dirigeants de Clearstream (dont André Lussi lui-même), qui a connu à l'automne 2004 une issue similaire, ce non-lieu supposé n'enterre pas tous les doutes sur la probité du couple Lussi.
Le juge d'instruction Ernest Nilles a voulu tirer définitivement le rideau sur le dossier Lussi il y a un peu plus d'une année, considérant sans doute insuffisantes les charges pesant à l'encontre de l'ancien PDG de la firme de compensation et trop maigres les indices de sa culpabilité. Le magistrat a ainsi refusé de faire droit à une demande d'expertise du Parquet qui aurait pu démontrer, ou pourquoi pas aussi infirmer, les soupçons d'enrichissement personnel de Monsieur et Madame l'administrateur délégué, notamment dans le cadre de la cession d'actions de la société informatique Tibco, un important prestataire de Clearstream.
André Lussi était membre du conseil d'administration de cette société américaine, spécialisée dans le développement de logiciels informatiques pour l'intégration de transactions en temps réel. Née dans les années 90, Teknekron Software Systems, ancien nom de Tibco, qui fut partiellement rachetée en 1997 par le groupe Reuters, a eu très tôt la confiance des dirigeants de la firme de compensation livraison. Gros client, la firme luxembourgeoise a droit à un siège au conseil d'administration. Pratique courante dans le monde des affaires où chacun se renvoie l'ascenseur. André Lussi n'y siégera pas dans l'immédiat, laissant le lift à un de ses cadres.
Avant d'aller lui-même au charbon avec la bénédiction de Robert Douglas, le président du conseil d'administration (CA) de la firme qui s'appelait alors Cedel. Mais pas celui du conseil d'administration. Nuance. Plus tard, il obtint également le blanc seing de Douglas pour céder ses options sur les titres de Tibco, en faisant au passage une confortable plus-value de près d'un million de dollars.
Détail supplémentaire : l'aval d'un président ou même d'un conseil d'administration ne dédouane pas pour autant un dirigeant de ses responsabilités, notamment vis-à-vis des actionnaires (et du droit des sociétés) surtout dans des situations où le risque de conflit d'intérêt est évident. Une question d'interprétation autant que de pratiques. En France, le simple fait pour un patron de faire coller des timbres sur un courrier personnel par sa secrétaire ou lui faire effectuer un virement privé, peut le conduire devant le juge d'instruction. Au Luxembourg, vu la manière « flexible » dont le dossier Lussi a été traité, il en faut beaucoup plus à un dirigeant pour risquer une comparution devant une chambre correctionnelle.
De forts soupçons pèsent sur le degré d'indépendance de l'ex-PDG de Clearstream, par rapport à Tibco qui aurait été systématiquement privilégiée dans le choix des contrats informatiques et dont les factures auraient été largement surévaluées par rapport à la réalité de ses prestations. D'où les préventions d'abus de biens sociaux pesant sur le dirigeant. Les accusateurs n'ont rien de fantaisistes. Si l'enquête sur des malversations présumées au sein de Clearstream et dans l'entourage direct de son administrateur délégué est partie d'un article du quotidien Figaro et de Révélation$, co-écrit par Denis Robert et Ernest Backes, les investigations déboucheront par la suite sur des sources de renseignement au dessus de tout soupçon. C'est d'ailleurs le conseil d'administration de Clearstream lui-même qui va les initier en faisant appel à son cabinet KPMG.
Un premier audit est réalisé. Mais comme KPMG est le réviseur « maison » de la firme, la mission est ensuite confiée à Arthur Andersen pour lui donner la crédibilité nécessaire. Les fouilles comptables ne couvrent d'ailleurs qu'une période limitée : mi-2000, mi-2001.
Les autorités de surveillance de la place financière (Commission de surveillance du secteur financier et Banque centrale du Luxembourg) vont à leur tour pousser Clearstream à faire ces introspections pour lever le doute sur les accusations relayées par les auteurs de Révélation$. Clearstream y sera présentée comme une centrale internationale du blanchiment et de la corruption à travers l'existence de comptes non publiés. C'est à un strip-tease intégral que se livre la société, qui passe tour à tour dans les mains de KPMG, Deloitte & Touche, Arthur Andersen, Freshfield. En tout quatre audits, chaque fois payés par Clearstream, qui déboursera au total quelque 16 millions d'euros dans l'affaire, frais d'avocats compris.
Les audits ne livrent aucun indice de blanchiment systématique, Les expert exhument en revanche les travers de la gestion « lussienne » de Clearstream : outre des comptes « confidentiels » à la Spuerkeess, destinés entre autres à payer complaisants journalistes, ils découvrent aussi des pratiques comptables sur le fil du rasoir du droit ainsi que des versements à des consultants tiers aux prestations plus ou moins fictives.
Un rapport préliminaire de KPMG - validé ensuite par le second auditeur Arthur Andersen - lève le voile sur l'affaire Tibco. En le lisant, les dirigeants de Deutsche Börse, actionnaire de la firme de compensation, découvrent une image insoupçonnée de la personnalité d'André Lussi. Ça tombe bien, car il est sur la sellette. Mais Lussi est gourmand et entend négocier son départ au prix fort. Voilà de quoi rabattre ses prétentions. Les consultants s'interrogent sur les prestations de la firme informatique, visiblement exagérées tout en se gardant bien de donner la mesure de cette surfacturation présumée, cet exercice sortant du cadre de la mission confiée par le CA de Clearstream. Copie du rapport est fournie aux responsables de la CSSF.
À la lecture des présomptions sur le volet Tibco, ces derniers ne peuvent pas ne rien faire. Le code d'instruction criminelle impose en effet aux fonctionnaires dans l'exercice de leur mandat de dénoncer les infractions ou soupçons dont ils ont connaissance. L'enquête pour ABS contre André Lussi, ouverte un an plus tôt, va prendre alors une nouvelle dimension. Jusqu'à présent, les enquêteurs disposaient des témoignages de cadre et anciens dirigeants de Clearstream. L'usage que son épouse faisait de la carte de crédit de l'entreprise pour des dépenses personnelles, les pelouses de la résidence privée tondues par le chauffeur employé par la firme de clearing, les crochets par la résidence secondaire de retour de voyages d'affaires aux États-Unis, le salaire de la femme de ménage, etc.
Interrogée par les enquêteurs, Madame Lussi a reconnu avoir disposé de certaines aisances mais prétend avoir arrêté les dépenses d'ordre privé aux frais de la princesse en 1992, date à laquelle le droit luxembourgeois a vu l'introduction du délit d'abus de bien sociaux ! Pur hasard. Aucune vérification n'a été faite, ni sollicitée d'ailleurs, par les enquêteurs pour vérifier si les emplettes de dame Lussi aux frais de Clearstream ont bien pris fin à cette époque comme l'a prétendu l'intéressée.
L'avocat d'André Lussi a par ailleurs toujours assuré que son client a remboursé à sa firme, rubis sur ongle, la quote-part de ses dépenses privées. Quant au volet Tibco, il estime que le feu vert donné à Lussi par le président du conseil d'administration pour qu'il exerce ses options (alors que le délai d'exercice était révolu, mais Tibco fit une dérogation à son administrateur), l'innocente totalement des accusations d'enrichissement personnel. « Le juge d'instruction, souligne André Lutgen, a interrogé plusieurs personnes en charge du volet d'informatique chez Clearstream ».
L'avocat précise, en outre qu'à l'âge d'or de la période « lussienne », notamment aux alentours de 2000, des investissements informatiques colossaux ont été consentis et que Tibco (plus de 80 millions d'euros facturés) n'était pas l'unique fournisseur de Clearstream, « Les témoins interrogés, indique l'avocat, affirment que Monsieur Lussi n'a eu aucune influence, ni sur les négociations des contrats avec Tibco, ni sur leur facturation. ».
Visiblement ces témoignages ont réussi à convaincre le juge d'instruction Ernest Nilles, qui a refusé d'accéder à la demande du Parquet de faire vérifier la bonne foi d'André Lussi et d'infirmer les soupçons de la CSSF, par des experts indépendants. Ainsi devrait s'achever, après cinq ans de travail, la mégaenquête sur le système Clearstream.
Véronique Poujol – Copyright Letzenburger Land, 17 février 2006
ARCHIVES des messages de Denis Robert aux signataires de la pétition (avant la création de son blog)
Message de Denis Robert, le vendredi 24 mars 2006
"Cette liste de signataires , jour après jour, à un rythme bizarre, augmente. 5303 il y a cinq minutes . Ma phrase préférée, en ce moment est "le combat continue".
Ce doit être lié à la sortie de mon livre. Et aux ennuis qui l’accompagnent, surtout au Luxembourg où on a modérément apprécié.
C'est peut être aussi lié au livre de Giesbert sur Chirac. Les gens qui connaissent mon travail ne sont pas dupes. L’affaire Clearstream n’a rien à voir avec l’anecdote des comptes de Sarkozy. Ce n’est qu’un épiphénomène.
Il y a comme une force à la vérité qu'aucun procès, aucune stratégie adverse ne peut abattre.
C'est peut être le destin de cette enquête. Gagner sur la durée. Gagner au point. Gagner à coup de signatures. Je ne suis pas complètement fou. Je connais mon jeu. Je ne l'ai pas encore entièrement abattu. Question de tapis. Je n’ai qu’une confiance très limitée aux appareils judiciaires.
Suite à cette pétition, une association baptisée Anticlear est en train de se créer. Un nouveau site est également en préparation. Un nouveau livre aussi. A bientôt..."
Denis Robert, le 24 mars 2006 ______________________________________________________________
Message de Denis Robert, le 10 mars 2006
" Mon inculpation pour injure, calomnie et diffamation est difficile à vivre. Elle fait suite à la publication de mon premier livre, en mars 2001, sur Clearstream (1). J’y avais, entre autres, révélé une transaction entre une banque en faillite, la BCCI surnommée la banque « du crime et de la corruption » et la Banque générale du Luxembourg (BGL). Quelques clients privilégiés ont bénéficié, grâce au réseau informatique de Clearstream, d’un transfert de 100 MF alors que l’immense majorité des petits épargnants a été spoliée.
Personne ne remet pas en cause cette information mais la BGL et la justice luxembourgeoise m’attaque parce que j’ai qualifié ce transfert d’ « illégal » alors qu’une décision d’un tribunal d’arrondissement de Luxembourg l’autorisait. Je l’ignorais. Les banques mises en cause n’avaient pas répondu à mes lettres recommandées. Quelques lignes dans un livre de 400 pages.
Pour ces faits, la BGL qui a été à deux reprises déboutées en France me poursuit, cinq ans plus tard, à Luxembourg. Le parquet local la soutient. Le même appareil qui s’apprête, après mille circonvolutions, à donner, dans un assourdissant silence, un non lieu général à Clearstream et à son pdg licencié (2) me menace d’une forte amende et de détention préventive si je ne réponds pas à ses convocations.
Les mêmes magistrats (européens) qui ont refusé de recevoir mes preuves sous prétexte que leur origine était douteuse veulent me faire payer l’embarras suscité par notre enquête dans le monde de l’hyper finance.
Cette situation me révolte. Je suis dans la même situation que Klébert le héros de mon dernier roman sauf que lui franchit la ligne jaune et qu’il est beaucoup plus seul que moi (3). Vos signes d’encouragement m’encouragent à ne rien lâcher. On cherche à me faire taire car je n’ai fait qu’écrire la vérité."
Denis Robert, le 10 mars 2006
(1) Révélation$, Les Arènes (2) Article de Véronique Poujol - Letzenburger Land Hebdomadaire Luxembourgeois - 17 février 2006 (repris dans cette page) (3) La domination du monde, Julliard
" Je suis convoqué prochainement devant mes amis luxembourgeois. Je vous tiendrai au courant via ce site. Vous dire aussi que nous avons des difficultés à faire publier ce texte et vos signatures dans un journal quotidien ou un hebdo.
Si à Libération, au Monde, au Nouvel Observateur, au Point, à L’Express, à Marianne, au Figaro, au Parisien, aux Inrocks ou ailleurs quelqu’un lit ce message qu’il sache qu’on est preneur d’une double page. Voire plus...
De la même manière, on réfléchit beaucoup avant de m’inviter sur un plateau télé ou de radio pour parler de cette affaire, de mes livres et de nos révélations. La mécanique des procès à répétition atteint pleinement son but. Les services juridiques hésitent et généralement renoncent dès qu’il s’agit de Clearstream et des banques. Ce que je peux dire à propos des comptes non publiés ou des dissimulations orchestrées, n’est pas diffamatoire (jetez un oeil au jugement sur le site de l’éditeur: cliquez ici Les Arènes), mais les frais de procédure, compte tenu des attaques systématiques de la multinationale et des banques complices, coûtent. Et même en cas de victoire (de qui m’arrive presque toujours), les honoraires d’avocats, d’huissiers ou d’avoués ne sont jamais remboursés. La loi est ainsi (mal) faite.
Les affaires peuvent ainsi continuer à plein régime du côté de Luxembourg City. La censure économique joue à fond... Unique solution: résistez et contre-attaquez... Grâce à vous, on se sent moins seul. Je me sens moins seul. Merci à tous de ces soutiens, de ces messages, de ces signatures qui nous encouragent à continuer. Amicalement et à bientôt ".
Denis Robert, le 11 février 2006 ______________________________________________________________
Pour signer la Pétition en ligne pour soutenirDenis Robert, cliquez ici Signature uniquement en ligne