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Le 8 octobre 2007, Access Info Europe et Liberté d'Informer ont interpellé le Président de la République sur l'accès aux documents administratifs, en lui adressant cette Lettre signée par de nombreux journalistes et soutenue par Michel Rocard.

Ce texte a été publié sur le site du Nouvel Observateur.

Il s'adresse également à Monsieur le Ministre des Affaires Etrangeres Bernard Kouchner et au Président de la Commission d'Accès aux Documents Administratifs (CADA)

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Monsieur le Président de la République,

Nous, organisations et individus signataires, vous écrivons pour vous exprimer notre profonde inquiétude au sujet de la position ouvertement bloquante prise par la France dans les négociations pour la future Convention européenne sur l'accès aux documents publics, Convention actuellement en cours de rédaction par le Conseil de l'Europe à Strasbourg.

Dans ces négociations, la France veut limiter le droit d’accès du citoyen aux documents publics exclusivement détenus par le pouvoir exécutif. En cela, elle exclut du champ de la transparence les documents détenus par les pouvoirs législatifs et judicaires.

Par conséquent, les citoyens n’auraient pas accès aux documents tels que les actes parlementaires ou les arrêts des tribunaux. En France, un certain nombre de ces documents peuvent être aujourd'hui consultés mais ils le sont à la discrétion des personnels de ces administrations. Nous trouverions absurde que la position française sur la nouvelle Convention européenne soit en retrait par rapport aux pratiques déjà existantes.

Le régime de dérogation de la Convention est parfaitement à même de protéger tous les intérêts légitimes de ces autorités publiques.

La transparence de toutes les institutions administratives permet aux citoyens de se forger leurs opinions, encourage l’efficacité, limite la corruption et augmente la confiance que leur accorde le public.

Cette Convention définira le droit à l'accès à l'information pour les huit cents millions d’habitants des pays membres du Conseil de l'Europe. Or, la version actuelle de la Convention est largement en deçà des normes déjà en vigueur en Europe. Elle irait à l’encontre des progrès considérables accomplis ces dernières années.Etant donné les signes d'engagement de votre nouveau gouvernement en faveur de la transparence et de la modernisation des relations entre la fonction publique et les citoyens, nous vous demandons d'agir conformément à vos ambitions et de soutenir une Convention qui sera une véritable avancée pour nos démocraties.

Nous vous appelons tout particulièrement à défendre le droit d’accès à l’information en tant que droit fondamental humain s’appliquant à toutes les informations détenues par les autorités publiques, y compris les pouvoirs législatifs et judicaires.

Nous pensons que la prochaine Convention européenne sur l’accès aux documents administratifs ne devra graver dans le marbre les principes essentiels du droit à l’accès à l’information que si les présentes inquiétudes sont levées.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de notre très haute considération.

Access Info Europe et Liberté d’Informer

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Les premiers signataires :

Fédération Internationale des Journalistes
Reporters sans frontières
La Société des Rédacteurs du journal Marianne
La Rédaction de Rue89.com
« Les Incorrigibles », collectif de pigistes, graphistes et
 photographes
Yves AGNES, président de l'Association de préfiguration d'un conseil de
 presse (APCP), ancien rédacteur en chef au Monde et ancien directeur
 général du CFPJ
David ANDRE, journaliste
Florence AUBENAS, journaliste au Nouvel Observateur
Laurent BECCARIA, directeur des éditions Les Arènes
William BOURDON, avocat
Jérôme BOUVIER, journaliste
Hervé BRUSINI, journaliste
Jean-Marie CHAPPE, président de la Commission Paritaire Nationale de
 l'Emploi des Journalistes, représentant du syndicat des journalistes CFTC
Ivan CHUPIN, sociologue du journalisme
Hubert COUDURIER, directeur de l'information du Télégramme de Brest
Sylvain COURAGE, journaliste, président de la société des rédacteurs du
 Nouvel Observateur
Olivier DA LAGE, journaliste
Guillaume DASQUIE, journaliste d'investigation
Jean-Charles DENIAU, écrivain et réalisateur
Alain GENESTAR, journaliste et professeur-associé à Sciences-Po
Serge GORDEY, producteur
Luc HERMANN, journaliste
Corinne LEPAGE, avocate
Jacques MORANDAT, directeur de la Fédération Française des Agences de
 Presse
Paul MOREIRA, journaliste
Olivier MORICE, avocat
Emilie RAFFOUL, directrice de l'investigation, rédactrice en chef de
 "Jeudi Investigation", Canal Plus
Denis ROBERT, écrivain
Michel ROCARD, député européen et ancien Premier ministre
Olivier TOSCER, journaliste
Philippe VAL, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo
Agnès Callamard, Directrice exécutive, Article 19
Sandra Coliver, Juriste, Senior Legal Officer, Open Society Justice
 Initiative
Ulf Öberg, Juriste, Professeur de Droit, Université de Stockholm, Suède
 
Maeve McDonagh, Professeur de Droit, Université de Cork, Irlande
Máté Szabó, juriste, L'institut de politiques public "Eötvös Károly",
 ancien assistant du Commissaire Hongrois d'Information
Andreja Mrak, Chercheuse, Bureau de la Commissaire d'Information,
 Slovénie
Jan Borgen, Secrétaire général, Transparency International Norvège
Gergana Jouleva, Directrice exécutive, Access to Information Programme,
 Bulgarie
Shushan Doydoyan, Directrice exécutive, Freedom of Information Centre,
 Arménie
Vasile Spinei, Directeur exécutive, Association Acces-info, Moldova
Adam Földes, Juriste, Hungarian Civil Liberties Union, Hongroie
Vanja Calovic, Directrice exécutive, MANS (NGO), Monténégro
Linda Austere, Juriste, Providus, Lettonie
Josiane Lebescond, France
Gérard Lion, Etats-Unis
Jean-Michel Lemonnier, France
Fabien Faure, France
Rémy Nakache, France
Philippe Brunier-Zsigray, France
Brigitte Huttner, France
André Magnez, France
Doris Leininger, France
Tristan Sadeghi, France
Anne Calcagni, France
Jacqueline Vié, France
Jean-Yves Bobin, France
Sylvain Auffret, France
Daniel Laplace, France
Bruno Bioret, Espagne
Michel Berenguer, France (journaliste)
Annie Delahaie-Tagliaferri, France
Alain Fabre, France
Jean-Pierre Jordy, France
Henry Canella, France
Jacques Prudhomme, France
Bruno Bultel, France

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Pourquoi avoir signé la lettre d’Access Info Europe sur le droit d’accès à l’information ?

- Parce que je crois à la transparence, tout simplement. Et je crois qu’une restriction de ce droit comporte des dangers. Peut-être pas dans l’immédiat, mais à l’avenir.

C’est pourtant un sujet peu connu. Quelle est son importance concrète pour le citoyen ?

- Il s’agit vraiment de défendre l’avenir. L’information administrative, pas seulement administrative d’ailleurs, doit être disponible pour le citoyen. C’est un droit élémentaire et banal pour chaque citoyen. Je pense sincèrement qu’il faut agir aujourd’hui avant que la pression sur le sujet ne devienne trop forte.

En l’état, la convention du Conseil de l’Europe peut-elle être bénéfique ?

- Je ne suis pas assez spécialiste pour répondre à cette question.

Quels sont les intérêts d’un Etat à ne pas trop ouvrir l'accès à l'information publique ?

- Les politiques régaliennes se protègent, c’est dans l’ordre des choses. Il y a une peur d’une trop grande ouverture à l’accès à l’information Cela est tout de même davantage le fait des Etats centralisés. Ce droit est très fermé en France alors qu’il est très ouvert en Suède, où il est très facile d’obtenir la moindre correspondance. Cela relève de la manière d’être, quasiment de la tradition.
Cette fermeture nuit à la qualité du débat public ; je pense, par exemple, au nucléaire.

La France peut-elle jouer un rôle moteur pour cette convention ?

- J’aimerais bien qu’il en soit ainsi. Mais ce n’est ni dans son habitude, ni dans sa tradition qui relève davantage de l’opacité.

Et Nicolas Sarkozy, peut-il répondre à cette lettre ?

- Nicolas Sarkozy a une éducation très "services spéciaux", très "police", très "ministère de l’Intérieur", très "sécurité". Il n’est pas très orienté vers ce genre de domaines. Ce serait une agréable surprise en tout cas…

Propos recueillis par François Sionneau et paru sur le site du Nouvel Observateur
(le mardi 16 octobre 2007)

 
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